Pour le magazine "Christianisme d'Aujourd'hui" (www.christianismeaujourdhui.info)
France - Foi en action
Un refuge pour femmes battues
« Etre une présence chrétienne à la croisée des chemins… » Mais comment un tel objectif a pu naître dans le cœur de Philippe et Martine Fournier, respectivement 56 et 57 ans aujourd’hui, et mieux, comment sont-ils parvenus à l’atteindre ? A mi-temps ingénieur agronome dans la recherche bio-moléculaire et le reste du temps président actif de l’association « La Gerbe », Philippe explique que c’est progressivement que Dieu a conduit leur cœur et leur parcours jusqu’à la ferme Claris, où ils accueillent à présent entre 70 et 80 personnes en moyenne sur une année, femmes et enfants confondus.
La préoccupation d’« accueillir à leur tour, après avoir été accueillis par Jésus » remonte à plusieurs années en arrière dans le coeur de Philippe et Martine ; elle s’est traduite tout d’abord par la participation à des stands bibliques sur le marché, puis s’est développée avec le désir d’animer « un point de rencontre » à leur domicile où les échanges et partages autour de la bible y seraient favorisés…
S’ensuit alors un déménagement qui les conduira à acheter une maison avec une vitrine où ils vont pouvoir dans un premier temps exposer quelques livres chrétiens, puis recevoir des clients et autres passants en questionnement chez eux, mais aussi mettre en place un groupe de lecture pour des personnes en situation d’illettrisme et enfin être confrontés en pleine nuit à une femme en détresse venue chercher du réconfort auprès d’eux… Et parce que le travail de Philippe et Martine s’actionne suite à « des rencontres, des gens croisés à un moment de leur vie et de la nôtre », ils vont créer l’association « La Gerbe » en vue « d’aider leur prochain, héberger des activités, proposer aux jeunes de développer des projets, mettre en place une activité qui leur tient à cœur… ».
Au cours de cette évolution, ils prennent peu à peu conscience de la nécessité de se former à l’accompagnement des personnes en difficulté et c’est en 1996 qu’ils décident de suivre une formation d’accompagnateur social avec l’Action Sociale Evangélique ; alors, le projet de lieu d’accueil se précise. Il y a d’une part leur désir d’aider certaines personnes à « rompre avec le ghetto citadin », celui de se rapprocher de contacts qu’ils ont pu établir dans le Sud de la France mais aussi celui de répondre au besoin de la DDASS qui cherche à ce moment-là à « renforcer l’accueil pour les femmes victimes de violence ». Après plusieurs recherches infructueuses, c’est en 1997 que Philippe et Martine découvrent la ferme Claris, que « La Gerbe » achète début 1998 et où ils organisent des chantiers de bénévoles pour sa rénovation jusqu’en 2000. Située sur la commune de Lézan, à 14 kms d’Alès et 37 kms de Nîmes, ils souhaitent faire de la ferme Claris avant tout un lieu d’hébergement d’urgence à vocation sociale ; toutefois, le but de Martine et Philippe ne s’est jamais limité à héberger des femmes en détresse « qui traversent une crise familiale ou sociale et se trouvent subitement sans logement » mais d’élargir cet accueil en donnant aux personnes « un temps de ressourcement, d'orientation, et de remobilisation personnelle ». Parce que Martine a suivi une formation de conseillère conjugale et familiale et Philippe approfondi celle en relation d’aide, ils savent à présent que le travail en réseau et en partenariat est nécessaire dans ce nouveau défi et s’entourent au fil des années de deux éducatrices, d’une maîtresse de maison et d’une conseillère en économie sociale et familiale. Accueillies sur des périodes allant de 3 semaines à 3 mois, les pensionnaires participent à leurs frais d’hébergement proportionnellement à leurs revenus et sont plus ou moins rapidement encouragées à s’ouvrir à des interlocuteurs extérieurs au lieu d’accueil, afin de faciliter leur retour à une vie indépendante et structurée.
Les financeurs (70 % des charges prises en charge par la DDASS, la CAF et le Conseil Général) et les prescripteurs (assistantes sociales du secteur) vont découvrir que Martine et Philippe allient avec beaucoup de souplesse leur foi à leur professionnalisme ; on est bien loin des pratiques prosélytistes ou visant à profiter de la faiblesse de personnes fragiles, qui font tellement peur à certains, et c’est sûrement ce qui fait que les pensionnaires s’y sentent respectées et écoutées… Chaque journée commence par un moment de partage et de prière entre les salariés de la structure (tous engagés dans leur foi) tandis qu’un moment d’échanges autour de la bible est proposé tous les jeudi soir pour les pensionnaires ; libre à chacune d’y participer ou pas ! Force est de constater avec le recul que « ces moments sont assez suivis », éclairés par des « regards neufs et extérieurs » à l’évangile. Philippe et Martine s’inspirent d’ailleurs de ces évangiles dans leur approche de ces « blessées de la vie » ; on note une intensité particulière dans le coeur de Philippe quand il parle de l’attitude de Jésus vis-à-vis de la femme pécheresse de Luc 7 ; tandis qu’« elle pleurait et se mit à mouiller de ses larmes les pieds de Jésus… », Philippe note que Jésus ne lui fait pas confesser son péché publiquement pas plus qu’il ne le dénonce, mais il se contente de la rassurer « Ta foi t’a sauvé, va en paix », bien qu’aucun mot ne soit sorti de la bouche de cette femme. Tout comme Jésus, ils s’appliquent à « décoder les gestes et attitudes que des mots ne peuvent parfois exprimer »…
Que ce soit en préparant le repas avec les pensionnaires, en jouant avec leurs enfants ou en leur proposant une activité artistique qui leur prouvera que, oui, elles sont encore capables de créer et de donner vie à un projet, Martine et Philippe sont là pour changer les représentations erronées du couple, de la famille et de l’amour, qui ont pu être intégrées à leur insu, suite à des souffrances infligées …
Pour en savoir plus, site web : lagerbe.org
Christianisme d'Aujourd'hui, n° 10, nov. 2008 (p. 24 et 25)
Des mots pour le dire ...


